Question de religion
 


Un extrait parmi bien d'autres (mais pas tout !) de l'ouvrage qui doit paraître fin 2000 aux Editions Exergue.
 

 

C'est Boris Porchnev qui se plaint, avec insistance, que les représentants de diverses religions s'opposent aux recherches sur les hominidés reliques. On est tenté de hausser les épaules, et de parler de paranoïa. D'autant que les religions étaient pour l'athée Porchnev l'adversaire fondamental. Mais il n'était pas intolérant pour autant, et il leur reconnaissait le mérite d'avoir préservé jusqu'à nos jours les "paléanthropes reliques" (une de ses dénominations). Quoi qu'il en soit, il reste à évaluer la part des religions dans l'échec chronique des recherches.

Porchnev affirme que de très nombreux Musulmans, sous l'influence de leurs mollah, refusent toute coopération : "Cela ne regarde pas les infidèles..." Un jour, on lui signala qu'un "homme-des-neiges" venait d'être abattu, dans une région musulmane, et il parcourut plusieurs milliers de kilomètres pour se trouver face au cadavre d'un macaque. Et le malheureux singe, vu l'état de son cou et de ses paumes, avait manifestement été gardé longtemps captif, ce qui prouvait selon notre académicien la malignité de l'opération.

Il n'y a pas que l'Islam. Le clergé lamaïste aussi a fait un temps obstruction aux recherches sur le Yéti. Et les Sherpas eux-mêmes, si conciliants et si coopératifs, rechignent à risquer de déranger les yétis, pour des raisons en partie religieuses. L'attitude superstitieuse des Sherpas est ambivalente : ils considèrent généralement que vivre au voisinage d'un yéti porte bonheur, mais que le rencontrer de près porte malheur... ce qui, ajouté à une peur physique justifiée, ne les encourage pas à emmener leurs clients à sa recherche (voir l'ouvrage de Robert Hutchison dans la bibliographie).

De même, au Congo alors belge, Charles Cordier obtint de nombreuses données, et parvint même à savoir qu'on pouvait trouver la bête mystérieuse en un certain lieu. Mais son guide l'abandonna en affirmant que tout son village risquait une mort violente s'il révélait l'endroit exact. Une jeune femme parut un moment disposée à l'y conduire, mais y renonça sous la pression de ses proches (Bernard Heuvelmans, "Bêtes humaines d'Afrique").

Plus violent encore, et fort similaire, l'aventure de Nikolaï Avdeyev.

Aux Etats-Unis, les fondamentalistes biblistes, dont l'influence n'est pas mince, condamnent toute recherche sur les sasquatches comme mettant en question l'histoire de la Création du Monde selon la Genèse. Et comment discuter avec des gens qui soutiennent (pour les plus conséquents) que si Dieu a créé, d'un seul coup, les fossiles, les radio-éléments, les strates géologiques, les indices de la dérive des continents, et tout ce qui montre que la terre est bien plus vieille que la Bible ne l'admet, c'est qu'Il voulait mettre à l'épreuve notre foi. Donc, pouvoir envoyer griller en enfer, dans Son infinie bonté, ceux qui refusent de croire la Genèse. Passons.

Toutefois, on commence à trouver des créationnistes qui prétendent que l'existence actuelle des HR montre qu'ils ne sont pas nos ancêtres, "donc" qu'ils ont été créés en même temps que nous, etc. C'est tout aussi ridicule, mais ne s'oppose plus à nos recherches. Passons encore.

Toujours selon Porchnev, l'opposition religieuse à la reconnaissance des HR ne date pas d'hier. Ce serait aussi pour des raisons religieuses que les continuateurs de Linné ont tout bonnement censuré la mention par leur maître de "Homo ferus" et "Homo troglodytes" à côté d'Homo sapiens (c'est lui qui a initié cette classification).

Mais bien entendu, on ne saurait expliquer l'insuccès des recherches uniquement de cette façon. Porchnev lui-même a malgré tout gagné un certain nombre de croyants à sa cause (comme ce rabbin éminent qui l'a aidé à établir que le soi-disant "bouc-émissaire" de la Bible était probablement un homme velu). De bonnes photos d'empreintes de yétis ont été prises en 1955, au Makalu, par l'Abbé Bordet, etc.

L'Aga Khan, leader des Musulmans ismaeliens, a généreusement soutenu les campagnes de Jordi Magraner (le district de Chitral, où opère ce dernier, abrite une forte minorité ismaelienne). Certaines données sur des HR ont été transmises par des missionnaires un peu partout dans le monde.

Par ailleurs, il arrive que certaines doctrines religieuses récupèrent les HSV de curieuse façon, mais on ne peut pas parler là d'obstruction. Ainsi, sur un forum consacré au Bigfoot, on a pu lire, vers 1997, l'opinion d'un Mormon ont considéré que le Bigfoot n'est autre que Caïn, le Caïn de la Bible, condamné par Dieu à errer sur terre en expiation du meurtre d'Abel. Toutefois, un autre Mormon, et par ailleurs chercheur

En définitive, l'opposition d'origine religieuse est un élément d'explication non négligeable, mais pas suffisant, et de loin.

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