Mai 2002


Sur un livre de Reinhold Messner


 

Ce texte a été inséré dans le bulletin de liaison de l'association Troglodytes au printemps 2002. Le livre auquel il se rapporte est sorti en 2000, mais ce n'est que tardivement que j'ai pu en mesurer les implications. Scott White, Américain vivant en France, est membre comme moi de Troglodytes et de la Western Bigfoot Society.

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Reinhold Messner, Yéti, du mythe à la réalité, Glénat 2000 (traduit de l’allemand par Evelyne Tritsch), 29 illustrations, 18,37€

Un ouvrage déroutant et déconcertant au possible. On ne présente pas l'auteur, considéré par beaucoup comme le meilleur alpiniste de tous les temps. Dès 1986, il déclarait avoir vu de ses yeux un yéti. En 1998, il annonçait avoir obtenu des photos décisives et qu'il les publierait dans un livre. Ce livre, on l'a curieusement (et fébrilement) attendu deux ans. En 2000 donc, coup de théâtre, le livre sort enfin et le Yéti s'y révèle... un ours. Pourtant, l’auteur n’avait rien dit de tel après avoir annoncé son observation initiale. L’ouvrage s'ouvre par le récit détaillé, et très impressionnant, de cette rencontre. Rien ne laisse penser à un ours à ce stade. Mais par dans la suite on n'en sortira plus, Yéti (ou Chemong, ou Dremno, etc.) = Ours ! Un ours passablement atypique.

A plusieurs reprises, l'auteur évoque sans autrement la commenter l'habitude qu'aurait cet "ours" de jeter des pierres. C'est là, jusqu'à plus ample informée, une exclusivité de nous autres primates.

Une photo (voir ci-après), dans le livre, montre une dépouille, avec en particulier une main entière, dans un temple. Cette main paraît nettement humaine avec ses longs doigts effilés, pourvus d'ongles et non de griffes, son pouce opposable, bien plus proche de celui d'un homme que de celui de n'importe quel singe. Une nuance toutefois. Ce que ce pouce anormalement effilé pour un pouce humain, relativement écarté de la paume, évoque de plus près, à seulement la couleur près, c'est très précisément la main de l'Homme pongoïde (voir Bernard Heuvelmans et Boris Porchnev, L'Homme de Néanderthal est toujours vivant, Plon, 1974). Ce nonobstant, c’est un jeune ours, nous dit-on.

La clé de l'énigme a peut-être été trouvée par Scott White (communication personnelle). A la fin du livre, Messner rapporte un entretien qu'il a eu avec le Dalaï Lama, entretien qui se termine bizarrement ainsi : "Cela fait penser à la légende du Yéti, dit le Dalaï Lama songeur. - Oui. - Croyez-vous que le migiö, le chemong et le yéti soient un seul et même animal ? - Non seulement je le crois mais j’en suis convaincu, dis-je. Puis je posai mon doigt sur mes lèvres, en même temps que le Dalaï Lama, comme pour signifier que cela devait rester secret."

Mais qu'est-ce donc qui doit rester secret, avec la caution d’une telle autorité morale ? Certainement pas le rattachement du Yéti aux ursidés, puisqu'on vient de nous le dévoiler ! Boris Porchnev (opus cité) se plaignait de ce que le clergé lamaïste entrave les recherches sur le Yéti.

Jean Roche

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