ENFANTS SAUVAGES


Cet article est passé dans Cryptos Magazine de septembre 1998, à l'exception du paragraphe sur Marie-Angélique Le Blanc, inédit. J'insiste sur le fait que seul le premier cas constitue, par la précision de la description physique, une preuve consistante de l'existence des HR. Les autres cas sont donnés pour ce qu'ils sont, une énigme. La majorité des cas remontent au dix-huitième siècle. Ce n'est pas un hasard : à cette époque on s'intéressait beaucoup aux enfants abandonnés dans la nature, ou supposés tels, et on croyait que le fait de vivre dans les bois pouvait suffire à faire pousser des poils, etc. Cliquer ici pour un autre exemple, qui ne relève pas des "enfants sauvages" puisque l'HR n'a pas été capturé.
 


Depuis Boris Porchnev, il est courant de présenter des cas classiques d'"enfants sauvages" comme pièces à convictions du dossier plus général des "hommes sauvages". Il n'est pas toujours simple de discerner ces cas de ceux d'enfants abandonnés parce qu'anormaux, ou anormaux parce qu'abandonnés. Les cas ambigus ne manquent pas, parfois simplement par manque d'information. C'est peut-être déconcertant, et il est tentant de sélectionner les cas les plus nets, mais si on délaisse les autres, il seront (il sont déjà) repris par ceux qui nient en bloc l'existence actuelle d'une autre forme humaine que la nôtre. Illustration par quelques exemples.
 
 

Le garçon de Kronstadt

Ce malheureux a été capturé en Valachie (Roumanie) à la fin du dix-huitième siècle, et gardé plusieurs années à Kronstadt. Boris Porchnev le cite très longuement (Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans, "L'Homme de Néanderthal est toujours vivant", Plon, 1974). Les yeux profondément enfoncés dans leurs orbites, le front "très fuyant", le corps velu, le cou "gonflé", les muscles des membres "plus développés et saillants que chez les êtres humains en général", rien ne manque. Le caractère néandertalien, voire plus "archaïque", est indéniable.

Ce n'est pas remettre en cause cette identification que de remarquer que ce garçon présentait des signes non moins flagrants d'autisme : "Il n'exprimait jamais le moindre sentiment (...) Quand on éclatait de rire ou simulait la colère, il ne semblait pas saisir ce qui se passait (...) Il regardait avec stupéfaction tout ce qu'on lui montrait, mais il détournait bientôt le regard, avec la même absence de concentration, sur d'autres objets. Quand on lui présentait un miroir, il regardait derrière celui-ci, mais restait tout à fait indifférent de n'y point trouver son image..." (consultez n'importe quel psychologue avec simplement ces quelques indications).

Les derniers survivants isolés de certaines populations d'"hominidés reliques" sont forcément menacés par un isolement affectif précoce, cause classique de l'autisme. Cela a dû d'ailleurs faciliter leur capture. Mais aussi, cela doit inciter à beaucoup de prudence dans l'évaluation de leurs capacités psychiques, donc de leur "degré d'humanité".
 
 

Victor de l'Aveyron

Le plus connu peut-être des "enfants sauvages". Son autisme probable a fait l'objet d'innombrables études. Par contre, il n'est dit nulle part qu'il était velu, et les portraits qu'on a de lui (peu après sa capture en 1800, quand il était une vedette et l'objet des soins du Docteur Itard) montrent clairement un garçon de race blanche (à la rigueur, un curieux effacement du menton, et des lèvres bien minces).

Ce nonobstant, voici une description de son crâne à l'état adulte (en 1817) : "Son front est très peu élargi sur les côtés et très comprimé par le haut, ses yeux sont petits et très enfoncés, son cervelet est peu développé..." (F-J Gall, cité par Frank Tinlant, "L'homme sauvage", PBP, 1968). Victor avait été entre-temps rejeté par Itard, et menait une vie recluse à Paris. Que des traits "archaïques" ne soient apparus que tardivement est hautement significatif si on se réfère aux enfants néandertaliens fossiles connus (La Quina, Krapina...), lesquels ressemblent à des enfants sapiens qui auraient été plus âgés.

Cela ne suffit certes pas pour une identification formelle, mais suggère pour le moins que Victor était un hybride, cause possible de son abandon et par là de son autisme.
 
 

Jean de Liège

Capturé en Belgique à la fin du dix-huitième siècle (une période propice...), il a pu apprendre à parler et n'est donc pas considéré comme un possible néandertalien. On nous dit pourtant, objectivement, qu'il était velu (bien sûr, c'est un peu vague), et surtout que son élocution laissait à désirer. Ce dernier point devient troublant quand on précise que cette difficulté à parler venait non d'une quelconque déficience intellectuelle, mais d'une conformation anormale du larynx... (voir Frank Tinlant, opus cité).
 
 

Marie-Angélique Leblanc

En septembre 1731, une fillette de neuf ou dix ans entra dans le village de Songy (ou Soigny... le fait est que ces deux localités se trouvent dans le département de la Marne, sur la rivière du même nom). Elle portait un bâton, dont elle usa pour tuer net un chien qui se jetait sur elle. Elle figure, avec huit autres cas, parmi les exemples d'Homo sapiens ferus cités par Linné. Elle finit par apprendre à parler, entra en religion, et finit pieusement ses jours dans un couvent.

Personne, à ma connaissance, n'a voulu y voir autre chose qu'une enfant abandonnée par sa famille. Je me garderai de rien affirmer, mais enfin, certains détails sonnent bizarrement, pas assez pour être péremptoires, mais quand même.

- Elle courait d'une manière très anormale, et néanmoins plus vite qu'aucun homme, ce qui ne s'explique guère pour une enfant abandonnée mais est troublant à la lumière des témoignages sur les almastys du Caucase et bien d'autres.

- De même, elle nageait très bien, y compris en plein hiver.

- Elle a été considérée d'abord par les gens de l'endroit comme le Diable, puis, alors qu'elle s'apprivoisait peu à peu, comme "la bête du berger". Son humanité n'était donc pas évidente avant qu'elle ne parle ?

- Certains ont cru devoir supposer qu'elle était esquimaude (ethnie très peu connue à l'époque, à la limite du monde connu), ce qui suggère une apparence physique un peu hors norme.

- Elle était vêtue au moment de sa reddition de loques et de peaux de bêtes. Une femme lui aurait donné des vêtements. Mais des peaux de bêtes ? Il est exclu qu'une enfant abandonnée à elle-même ait pu spontanément apprendre à s'en couvrir, et cela ne faisait pas partie du costume champenois à cette époque. Alors, je reconnais que c'est tiré par les... poils, mais on peut se demander (sans plus !) si elle n'était pas en fait couverte d'une "fourrure", mais la sienne, donnée par la nature, ce que les commentateurs n'auraient pas compris, ou pas admis, et traduit de la seule façon qui leur paraissait acceptable.

- Elle avait des pouces anormalement longs, ce qui est un trait néandertalien.

Ce dernier détail physique est à peu près le seul, objectivement, qui induise positivement un doute. C'est bien peu dira-t-on, comme pour Victor. Mais le même raisonnement s'impose au sujet du crâne. (voir Frank Tinlant, opus cité).
 
 

Cas norvégiens

"En Norvège, certains dossiers médicaux mentionnent la présence de "loups-garous" indiscutables. Ce sont des adolescents - habituellement des garçons - atteints de déficience mentale, affublés de poils et de cheveux grotesques qui poussent souvent jusqu'au sommet de leurs pommettes et leur couvrent entièrement le front, jusqu'aux sourcils ; les mâchoires sont prognathes (...) Ces êtres ne sont rien d'autre que des gosses qui ont grandi en haute montagne dans des vallées presque perpétuellement saturées d'humidité (...) Ces pauvres misérables que la communauté avait rejetés ou qui s'étaient enfuis parce qu'ils étaient anormaux réussissaient à subsister en chassant à la main ou en cueillant des plantes..." 

J'attends qu'on me cite une seule déficience glandulaire ou autre qui produise des effets aussi singuliers, et qui permette une survie en pleine nature dans un environnement aussi rude que les montagnes du nord de la Norvège. Vous penserez peut-être que les lignes ci-dessus ont été écrites par quelqu'un qui n'avait pas d'autre explication à sa disposition, qui ignorait tout du problème des hommes sauvages et velus. Elles ont été écrites par... Ivan T. Sanderson, dans son classique "Hommes-des-neiges et Hommes-des-bois" (Plon, 1963), page 241. Dans le même ouvrage, Sanderson fait état de rapports "surprenants" sur des hommes des neiges en Suède.

Jean Roche

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