16 février 2010

Nazareth, où donc ?


En marge de l'étude, ni catholique ni orthodoxe, sur Jésus (voir ici). Voir aussi Jésus et les questions-pièges.


Les "mythistes", qui soutiennent que Jésus est un pur mythe, n’a pas existé, vont répétant que la ville de Nazareth est inconnue en dehors du Nouveau Testament, qu’elle n’apparaît concrètement à son emplacement actuel qu’au huitième siècle. Ils en oublient d’ailleurs que c’est un cas unique. Les autres lieux qui voient passer Jésus, Bethléem, Capernaüm (ou Capharnaüm), Jéricho, Jérusalem, Emmaüs, Béthanie, et même Gerasa (colonie greco-romaine depuis le temps de Pompée, où il n'y a rien d'anormal à ce qu'on y trouve des cochons) etc. sont parfaitement repérés et situés.

Nazareth pose un deuxième problème. Ce nom signifie « villes des nazirs », donc « des saints » ou « des purs », et il est impensable qu’une localité porte de façon régulière un tel nom. On imagine les sarcasmes au moindre fait divers navrant ou croustillant. Ou alors, ce mot, « nazir », a fini par désigner un parti ou une secte rigoriste se désignant par ce mot, et qui a pris possession d’une place appelée normalement d’un autre nom. Nazareth est alors un surnom, les villes peuvent aussi en avoir (« Ville éternelle », etc.).

Enfin, troisième problème, il y a quelques hiatus entre les caractéristiques de Nazareth selon les Évangiles et la Nazareth actuelle. Petite parenthèse.

On sait qu’il y a une polémique sur l’emplacement du siège d’Alésia, « officiellement » à Alise-Sainte-Reine (Côte d’Or). En 1963, un archéologue du nom d’André Berthier se mit en tête de retrouver la place en étudiant attentivement le récit de César et en en dégageant toutes les conditions topographiques (disposition et dimensions des reliefs, des cours d’eau, etc.). Il en conclut qu’Alésia se trouve à un endroit auquel personne n’avait encore pensé (et pourtant on en avait proposé beaucoup…), mais le seul, et de loin, remplissant toutes les conditions, Chaux-des-Crotenay (Jura), où les rares fouilles autorisées ont plutôt corroboré l’hypothèse. Cela n’a pas emporté la conviction car il y a des intérêts trop importants en cause (touristiques, académiques, politiques…). Fermons la parenthèse.

Il va de soi que si on déplace de la même façon Nazareth, les intérêts impliqués seront bien plus conséquents encore. Néanmoins, allons-y, si vous le voulez bien, à la suite de Daniel Massé, et en synthétisant sa démonstration. Que pouvons-nous donc tirer des Évangiles sur la ville où Jésus a été élevé, qui lui a ensuite servi de base arrière ?

Premièrement, elle se trouve au bord ou au moins à proximité du lac de Génésareth, nom qui en est manifestement dérivé puisqu’il ne lui est donné que par le NT, pour les Juifs il s’agissait du lac de Kinnereth, pour les Romains du lac de Tibériade. La Nazareth actuelle en est à quarante kilomètres à vol d’oiseau, au sud-ouest.

À cette nouvelle [la mort de Jean le Baptiste] Jésus partit de là [forcément Nazareth puisqu’il s’y trouve] en barque (Matthieu, 14, 13).

 À moins d’aller sur la Méditerranée, il n’y a guère d’endroit en Galilée où il soit préférable de voyager en barque, et en tout cas pas dans la Nazareth actuelle.

Ensuite, plus précisément, sur sa rive orientale, donc aujourd’hui en Jordanie mais encore en Galilée à ce moment.

Aussitôt après, il obligea ses disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l’autre côté, vers Bethsaïda (Marc, 6, 45).

Quand le soir fut venu, ses disciples descendirent au bord de la mer [le lac]. Étant montés dans une barque, ils traversaient la mer pour se rendre à Capernaüm (Jean, 6, 16-17).

Bethsaïda et Capernaüm sont des localités connues, et qui se trouvent sur la rive occidentale du lac.

Enfin, Nazareth se trouve tout près du sommet d’une montagne escarpée, avec un à-pic d’où il est possible de précipiter quelqu’un (rien de tel dans la Nazareth actuelle).

Ils furent tous remplis de colère dans la synagogue, lorsqu’ils entendirent ces choses. Et s’étant levés, ils le chassèrent de la ville et le menèrent jusqu’au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, afin de le précipiter en bas (Luc, 4, 28-29).

La Nazareth actuelle n’est absolument pas sur une montagne, mais sur une pente douce, il faut marcher une heure pour atteindre le premier à-pic, bien trop loin pour un lynchage improvisé, et qu’on peut difficilement assimiler lui-même au sommet d’une montagne. Car :

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée (Matthieu, 5, 14).

Ce "portrait-robot" (pour parler comme André Berthier) étant dressé, il reste à choisir. Tout cela cadre parfaitement avec Gamala.  Et alors ?

Il se trouve que Gamala, c’est aussi la ville de Judas de Galilée, le chef de la révolte dite du Recensement. Bizarrement Luc fait coïncider la naissance de Jésus avec ce recensement, qui a pourtant eu lieu 10 ans après la mort d’Hérode le Grand, et on sait que Matthieu et Luc lui-même font aussi naître Jésus du vivant de cet Hérode. Pour Daniel Massé et Robert Ambelain, Jésus était le fils de ce Judas, et non du lisse et transparent Joseph, qui semble vraiment avoir été inventé pour les besoins de la cause, beaucoup plus que Jésus, lequel est loin d’être lisse et transparent. Robert Ambelain relève en outre des convergences entre la doctrine de Jésus connue par les Évangiles et celle de Judas de Gamala, connue par Flavius Josèphe : le rejet de tout serment (Que votre réponse soit oui, oui, ou non, non, ce qu’on ajoute vient du Malin) et la revendication de Dieu comme seul maître (Matthieu, 23, 8).