26 Mai 2005 

"Qu'on les égorge en ma présence"
(Luc, 19, 27)
Une parabole, vraiment ?


Cela fait près de 30 ans que j'hésite à en faire état. Mais s'il y a un Dieu quelque part, Valeur suprême et Source des valeurs, il doit être pour la vérité. Personne n'est obligé de lire.

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Quant à mes ennemis, ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence. (Luc, 19, 27).

Comment, donc, rendre compte à la fois de "Heureux les pacifiques…" "Tends l'autre joue…" etc. et de "Je ne suis pas venu apporter la paix mais l'épée…" "Quant à mes ennemis…" etc. ?
Connaît-on des personnes, non folles, influentes, qui ont pour habitude d'asséner ainsi de grands principes, à chaque fois présentés comme intangibles, et néanmoins à géométrie plus que variable, en fonction de leurs intérêts du moment et de l'influence, du pouvoir, qu'elles souhaitent exercer sur leur entourage ? Oui, cela existe, c'est banal, bien connu et étudié par la psychologie. Cela s'appelle des manipulateurs, au féminin des manipulatrices. Jésus, tel qu'on nous le présente dans les Evangiles, montre-t-il d'autres traits classiques des personnes manipulatrices ?
J'utiliserai comme référence sur la manipulation relationnelle (pour être précis) l'excellent ouvrage d'Isabelle Nazaré-Aga, Les manipulateurs sont parmi nous (Editions de l'Homme, 1997).

"Sympathiques, séduisants, réservés ou carrément tyranniques, les manipulateurs empruntent différentes attitudes, utilisent diverses manœuvres pour parvenir à leurs fins. Agissant en douceur, nous flattant et nous charmant par leurs paroles, ces proches - parents, conjoint, connaissances, collègues de travail - parviennent par ailleurs à nous culpabiliser et à nous dévaloriser, à semer en nous le doute et le malaise…" (opus cité, quatrième de couverture).

Bien sûr, ce serait trop facile s'il n'y avait que de purs manipulateurs et de purs non manipulateurs, comme ce serait trop facile si les associations religieuses ou autres étaient toutes ou purement sectaires ou purement non sectaires. Néanmoins, on admettra qu'il y a des personnes plus manipulatrices que d'autres, comme des organisations plus sectaires (donc manipulatrices, à un autre niveau) que d'autres.
Pour cet examen, nous nous contenterons d'examiner l'un après l'autre, dans l'ordre, les titres de chapitres décrivant les manipulateurs (ou manipulatrices) dans cet ouvrage, et de voir si on peut en trouver un écho dans le comportement du Jésus des Evangiles.

"Il culpabilise les autres"
Il n'y a que l'embarras du choix.

Race de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, méchants comme vous l'êtes… (Matthieu, 12, 34).
Race incrédule et perverse, répondit Jésus, jusqu'à quand serai-je avec vous ? Jusqu'à quand vous supporterai-je ? (Matthieu, 17, 17).

Pour cette dernière, le contexte ne mentionne aucune opposition, encore moins d'hostilité, seulement l'incapacité des disciples à guérir un possédé…

Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'œil de ton frère (Matthieu, 7, 5).

Que cette dernière sentence renferme une sagesse profonde, c'est indéniable, mais ce n'est pas incompatible avec la manipulation.

"Il sème la zizanie"
Bien entendu, Jésus n'a jamais dit : "Détestez-vous les uns les autres". Chacun sait qu'il a dit exactement le contraire. Seulement aucun manipulateur n'a jamais dit : "Détestez-vous les uns les autres". Dans Othello, Iago ne dit jamais franchement à Othello : "Ta femme te trompe". C'est bien plus subtil. Néanmoins, en tant que manipulateur, Iago en fait déjà beaucoup trop. Mais il faut bien puisque c'est du théâtre et que le spectateur moyen doit pouvoir comprendre.
Néanmoins, concernant Jésus, il y a cette tirade éloquente :

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée. Car je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère ; et l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison… (Matthieu, 10, 34-36).

Mais c'est tellement gros qu'on a envie de la laisser.
Pour apprécier cette sentence, il faudrait savoir à quoi elle répondait concrètement. Le contexte pour cette fois ne nous informe guère puisqu'elle est citée au milieu d'une série de généralités. Néanmoins, on ne lance pas une telle déclaration gratuitement. Qui sait si on n'avait pas fait remonter à Jésus, directement ou indirectement, qu'il soulevait des disputes, et que cette situation déplaisante lui était largement imputée ?
Par ailleurs le manipulateur ne souhaite pas forcément semer la zizanie pour la zizanie (sinon il s'agit d'un manipulateur pervers, cas bien particulier… quoique le passage ci-dessus de Matthieu conduise à s'interroger), il n'est pas forcément conscient de le faire, il est peut-être même le premier à en souffrir. Seulement quand on se dédouane de ses propres torts sur les autres plus souvent que la moyenne, quand on se valorise et se justifie soi-même, plus que la moyenne, aux dépens d'autres personnes présentes ou non, il faut bien que les torts soient reportés sur quelqu'un d'autre, et cela ne peut qu'engendrer des tensions.
Comment le manipulateur sème-t-il la zizanie ? Ce ne sont pas nécessairement des calomnies grossières . Cela ne laisse pas forcément des traces. Le non verbal est ici très important. La même phrase peut avoir un impact fort différent selon le contexte. Pour donner un exemple concret, il peut être, selon les cas, parfaitement légitime ou parfaitement manipulateur de reprocher à son conjoint de ne pas assez s'occuper des enfants. Cela dépend, par exemple, si on le lui reproche quand on aurait effectivement besoin qu'il s'en occupe et qu'il se défile égoïstement, ou au contraire quand il tente de regagner un peu de terrain, donc de s'occuper des enfants, alors qu'on a depuis longtemps accaparé l'attention et l'affection desdits enfants, par d'autres manipulations (et donc, concrètement, semé une forme de zizanie entre son conjoint et la progéniture commune).
Peut-on, alors, mettre en évidence chez un homme comme Jésus un comportement de semeur de zizanie, au-delà de la déclaration d'intention ci-dessus ? Non, car les récits sont très succincts, le contexte très sommairement ou pas du tout indiqué. Alors faut-il abandonner ce point et laisser le bénéfice du doute ? Pas forcément, car on peut au moins constater la mention fréquente d'une zizanie autour de Jésus, et qu'il la combattait, certes, mais à la façon des manipulateurs, en invoquant les grands principes et en se gardant de s'impliquer, d'arbitrer réellement.

Les dix, ayant entendu cela, commencèrent à s'indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela, et leur dit : Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent. Il n'en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur… (Marc, 10, 41-44).
Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit : Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule, pour servir ? Dis-lui donc de m'aider. Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. (Luc 10, 38-42).

J'ai cité cet exemple dans le cadre de la zizanie, mais il pourrait tout aussi bien servir à illustrer la dévalorisation ou le mépris des besoins des autres, autres comportements typiques d'un manipulateur (voir ci-après). Les manipulations sont bien souvent à multiples ressorts.

"Le manipulateur et la dévalorisation"
Pendant que Jésus parlait, un Pharisien le pria de dîner chez lui. Il entra, et se mit à table. Le Pharisien vit avec étonnement qu'il ne s'était pas lavé avant le repas. Mais le seigneur lui dit : Vous, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et votre intérieur est plein de rapine et de méchanceté. Insensés ! Celui qui a fait le dehors n'a-t-il pas aussi le dedans ? Donnez plutôt en aumônes ce que vous avez, et voici, toutes choses seront pures pour vous.
Mais malheur à vous, Pharisiens ! Parce que vous payez la dîme de la menthe, de la rue, et de toutes les herbes, et que vous négligez la justice et l'amour de Dieu… (Luc, 9, 37-42).

Suit une série de malédictions sans appel sur les malheureux Pharisiens.
Là encore, ce texte est toujours interprété par les exégètes sur le plan de l'enseignement, et il ne manque pas à ce titre d'une certaine sagesse. Les défauts stigmatisés sont une tendance fréquente et ennuyeuse de la nature humaine. Mais enfin, il y a un contexte. Ce pharisien-là venait, de sa propre initiative, de convier Jésus à dîner, risquant peut-être pour cela sa réputation ! N'est-ce pas une forme d'aumône ? Et son seul tort a été de s'étonner, on ne mentionne même pas d'agressivité de sa part, de ce que Jésus et ses disciples ne respectent pas les usages. Et si les Pharisiens, tous sans distinction, étaient de si affreux et si peu fréquentables personnages, pourquoi avoir accepté l'invitation ? Les lois de l'hospitalité sont universelles et sans ambiguïté. Celui qui reçoit et celui qui est reçu doivent s'abstenir de toute agressivité l'un vis-à-vis de l'autre. Et si un différend imprévu surgit entre eux, ils doivent épuiser tous les recours de la discussion. Par ailleurs, Jésus semble avoir jusqu'au bout entretenu de bonnes relations avec une partie au moins des Pharisiens (voir par exemple Jean, 3, 1-21).
Autre exemple de dévalorisation, moins directe, par allusion, qui fait un curieux contrepoint car il est aussi question de lavement :

Puis, se tournant vers la femme, il dit à Simon : Vois-tu cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as point donné d'eau pour laver mes pieds ; mais, elle les a mouillés de ses larmes… (Luc, 7, 44).

Les manipulateurs raffolent de ce genre de comparaisons.

Dans les exemples précédents, il pouvait y avoir une intention pédagogique. On aura du mal à la trouver dans le suivant.

Jésus, étant parti de là, s'en alla dans le territoire de Tyr et de Sidon. Il entra dans une maison, désirant que personne ne le sût ; mais il ne put rester caché. Car une femme, dont la fille était possédée d'un esprit impur, entendit parler de lui, et vint se jeter à ses pieds. Cette femme était grecque, syro-phénicienne d'origine. Elle le pria de chasser le démon hors de sa fille. Jésus lui dit : Laisse d'abord les enfants se rassasier ; car il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. Oui, Seigneur, lui répondit-elle, mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants. Alors il lui dit : A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille (Marc, 7, 24-29).

Les enfants, ici, ce sont les Juifs, les chiens, ce sont les Païens. Personne n'a proposé d'autre interprétation à ce passage (en envoyant pour la première fois ses apôtres en mission, Jésus avait spécifié qu'ils ne devaient s'intéresser qu'aux Juifs). Et assimiler des êtres humains à des animaux est bien la dévalorisation la plus universelle qui soit. Et aucune hostilité ne la justifie puisque cette femme présentait une demande on ne peut plus respectueuse, et Jésus va finalement exaucer sa prière.

Enfin, j'ai du mal à ne pas voir une dévalorisation caricaturale dans la célèbre sentence :

Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et elle se transporterait… (Matthieu, 17, 20).

"Pauvre manipulateur !"
Autrement dit, il se plaint plus qu'il n'est convenable, et accapare plus que sa part de la pitié et de la commisération des autres.

Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, s'approchèrent de Jésus, et lui dirent : Maître, nous voudrions que tu fisses pour nous ce que nous te demanderons. Il leur dit : Que voulez-vous que je fasse pour vous ? Accorde-nous, lui dirent-ils, d'être assis l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire. Jésus leur répondit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ? (Marc, 10, 35-38).

On me taxera de beaucoup d'audace, et même d'impudence, d'invoquer la prédiction par Jésus de sa propre mort comme exemple de plainte pour dominer son monde. Il n'empêche, dans cet épisode et dans d'autres il l'utilise effectivement ainsi.
Les manipulateurs aiment jouer les martyrs, et certains ne craignent pas de le devenir complètement.

Rappelons aussi le : "… Jusqu'à quand vous supporterai-je ?" (Matthieu, 17, 17, cité plus haut pour la culpabilisation), lancé hors de tout contexte polémique, simplement parce que ses disciples n'avaient pu résoudre un cas particulier de possession. "Jusqu'à quand vous supporterai-je ?" ou toute formule similaire ("j'en ai marre de toi…"), est typique du discours d'un manipulateur, même et surtout s'adressant à des gens qui ne cherchaient en rien à le contrarier, même et surtout s'adressant à des gens qu'il s'attache de toutes les façons possibles. A la limite, cette seule question devrait suffire à soupçonner Jésus de manipulation systématique.

Jésus lui répond : "Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête." (Matthieu, 8, 20).

"Il change ses opinions et ses comportements"
C'est précisément de là que nous sommes partis, c'est pour expliquer ces changements que nous passons en revue les autres caractéristiques possibles d'un manipulateur.
C'est aussi le registre du " Faites comme je dis et non comme je fais… " J'y ajouterai le fameux (et d'ailleurs très sage en soi) "Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés", au regard de tous les jugements culpabilisants et dévalorisants, voire les insultes caractérisées, proférés par Jésus et dont nous avons vu maints exemples.

Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère : Raca ! mérite d'être puni par le Sanhédrin ; et que celui qui lui dira : Insensé ! mérite d'être puni par le feu de la Géhenne. (Matthieu, 5, 22).
Malheur à vous, conducteurs d'aveugles ! qui dites : Si quelqu'un jure par le Temple, ce n'est rien ; mais, si quelqu'un jure par l'or du Temple, il est engagé. Insensés et aveugles !... (Matthieu, 23, 16, Luc, 11, 40).

"Il ne tient pas compte des besoins des autres"
Précisons, l'auteur insiste lourdement là-dessus, il n'en tient pas réellement compte, tout en affectant de s'en préoccuper plus que quiconque.
Et ouvrons encore l'Evangile.

Un autre d'entre les disciples lui dit : Seigneur, permets-moi d'aller d'abord ensevelir mon père. Mais Jésus lui répondit : Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. (Mathieu, 8, 21-22).

Là, les exégètes placent se placent toujours sur le plan du symbole, de l'enseignement. Quand on est touché, porté par le souffle du divin, de la Valeur Suprême, plus rien d'autre ne doit compter. Soit. Mais on nous dit par ailleurs que c'est une histoire substantiellement, certains disent même absolument, authentique. Et dès lors essayez de vous représenter la scène, ce malheureux qui vient de perdre son père, à qui sa religion, comme toutes les religions, dit qu'il a des devoirs impérieux à lui rendre. Et si vraiment une situation d'urgence non spécifiée exigeait la présence de cet homme et passait avant ses devoirs de fils, on pouvait le lui expliquer. Jésus sait être didactique quand il faut. Mais non, "laisse les morts enterrer leurs morts…".
Tout aussi "sublime" quand on le voit de loin, et d'ailleurs fort poétique (de préférence pour qui a ses arrières assurés sur les plans de la nourriture et de l'habillement), mais illustrant d'une façon tout aussi caricaturale le dénigrement des besoins des autres quand on se donne la peine de l'envisager en situation concrète :

Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel. Ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans les greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée de plus à la durée de sa vie ? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? (Matthieu, 6, 25-28).

A propos d'habillement, une parabole montre indirectement que Jésus ne s'en désintéressait pas toujours. Il y est question d'un roi qui invite le tout-venant à une noce :

(…) Le roi entra alors pour examiner les convives, et il aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noce. Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noce ? L'autre resta muet. Alors le roi dit aux valets : Jetez-le, pieds et poings liés… (Matthieu, 22, 11-12).
La mère et les frères de Jésus vinrent le trouver ; mais ils ne purent l'aborder, à cause de la foule. On lui dit : Ta mère et tes frères sont dehors, et ils désirent te voir. Mais il répondit : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique… (Matthieu, 12, 46-50, Marc, 3, 31-35)

Nous n'entrerons pas dans la vieille discussion de savoir si les "frères" étaient ou non les fils de la mère, également présente. Il y a bien là une application du critère "Il ne tient pas compte des besoins des autres". Le besoin de voir de temps en temps son frère ou son enfant ne passe pas pour monstrueux.

Manipulation : les apôtres
Une lecture dans la continuité des Evangiles (événements du vivant de Jésus) et des Actes (ce qui se passe après sa disparition) montre un contraste frappant dans l'attitude générale des apôtres. Avant, ils ne comprennent pas grand-chose, sont souvent hésitants, désorientés, poltrons. Après, ils comprennent tout et n'ont plus peur de rien. Libre à vous d'y voir l'action de l'Esprit Saint le jour de la Pentecôte, ce n'en est pas moins typique de ce qui se passe quand on est sous la coupe d'un manipulateur profond, puis quand on en est libéré.

Manipulations : promesses non tenues
Ne pas tenir ses promesses est une des plus constantes et des plus déplaisantes habitudes des personnes manipulatrices. Bien sûr, rien de tel n'apparaît dans nos Evangiles concernant Jésus. Toutefois, très curieusement, on trouve cette accusation ailleurs.
Origène, ou quelqu'un écrivant sous son nom, a rédigé un long traité pour réfuter, point par point, un pamphlet anti-chrétien d'un certain Celse. Le texte de ce dernier ne nous est évidemment pas parvenu, mais Origène le cite assez longuement, pour le contrer, ce qui a permis de le reconstituer en grande partie. Et on y trouve ceci :

Ceux qui croient au Christ font un crime aux Juifs de n'avoir pas reçu Jésus pour Dieu. Comment donc, nous qui avions appris à tous les hommes que Dieu devait envoyer ici-bas le ministre de sa justice pour punir les méchants, comment l'eussions-nous outragé à sa venue ? Eût-il été expédient de traiter avec ignominie celui dont nous avions prédit l'avènement ? Dans quel but ? Afin d'attirer sur nous un surcroît de colère divine ? Mais comment recevoir pour Dieu celui qui, entre autres griefs qu'on lui adressait, ne fit rien de ce qu'il avait promis ? Qui, convaincu, jugé, condamné au supplice, se sauva honteusement, et fut pris grâce à la trahison de ceux-là mêmes qui se nommaient ses disciples ? Etait-ce d'un Dieu de se laisser lier, emmener comme un criminel ? Bien moins encore convenait-il qu'il fut abandonné, trahi par ses familiers…

Bien sûr on ne voit pas clairement à quoi fait référence le fragment souligné par moi, "ne fit rien de ce qu'il avait promis". Pas plus qu'on ne trouve trace d'une fuite honteuse après une condamnation dans les Evangiles. Mais dans le reste Celse suit d'assez près les récits évangéliques et se vante d'ailleurs :

En tout cela nous n'avons rien tiré que de vos propres Ecritures : nous n'avons que faire d'autres témoignages contre vous. Vous vous réfutez assez vous-mêmes.

Et donc c'est des écrits chrétiens qu'il affirme tenir cette conviction que Jésus ne tenait pas ses promesses.