16 avril 2002 

Mahomet premier terroriste islamiste ?


Une réflexion sur l'histoire et l'actualité, en essayant d'être aussi objectif que possible.

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Pendant une bonne dizaine d'années, au début de sa "mission prophétique", Mahomet (Muhammad ou Mohammed en arabe), en butte à une hostilité grandissante et souvent odieuse (note de janvier 2015 : encore que, très classiquement, elle a été dramatisée avec le temps), a prêché un message sublime de tolérance, de justice sociale, de générosité, etc. Il en reste quelque chose dans le Coran. Mais il n'en est pas resté là. Un jour, poussé à bout par les sévices dont ses proches et ses partisans étaient la cible, il s'est exilé pour fonder le premier état musulman ailleurs, passant ainsi de l'Islam à l'Islamisme, si ce mot a un sens. Et il a assez vite, objectivement, que ça plaise ou non et quelque jugement qu'on porte là-dessus, recouru au terrorisme.

Ma première source est une adaptation française de l'Histoire du Prophète par Tabari ("Mohammed sceau des Prophètes", Sindbad, 1980). Cette adaptation a pour objectif déclaré et lourdement affiché de promouvoir l'Islam.

Abu Djafar Muhammad ibn Djarir al Tabari (839-923) est une des références essentielles pour l'histoire des débuts de l'Islam. Source fiable ? Quand il avait recueilli plusieurs versions d'un même événement, il le disait, et précisait le cas échéant laquelle lui paraissait la plus fiable. Pas une première, Hérodote le faisait déjà, mais enfin un bon point. Autre bon point, Tabari était sunnite mais éprouvait une telle sympathie pour le Chi'isme qu'il s'est attiré de sérieux ennuis. Mais il avait aussi un sens poussé de la rhétorique, aménageant les détails avec un art consommé pour faire passer avec élégance et ferveur, sans trop les déformer, les épisodes les plus potentiellement scandaleux. Ainsi l'affaire des "versets sataniques", que Rushdie n'a pas inventée. Ainsi les premiers conflits fratricides entre Musulmans (traités ailleurs sur ce site). Et ce qui suit.

Après l'Hégire, et avant la conquête de la Mecque, le Prophète de l'Islam se trouvait donc à la tête d'un petit état, mais aussi aux prises avec de nombreux adversaires. Parmi ces derniers, mais non des plus redoutables, un Juif du nom de Ka'b. La seule action malveillante alléguée de Ka'b est d'avoir écrit et diffusé des poèmes se moquant du Prophète et encourageant ses adversaires. En conséquence, Mahomet avait demandé à ses fidèles d'aller le mettre à mort, chez lui. Selon les critères d'aujourd'hui, le Prophète était donc objectivement un terroriste. Ce n'était déjà pas si édifiant au temps de Tabari. Comment va-t-il nous le faire passer ?

Une équipe de sept hommes s'était constituée, dont un frère de lait de Ka'b. Tabari insiste lourdement sur la richesse de Ka'b (sans lui donner d'autre origine que la culture et la vente du blé et des dattes... c'était donc ce qu'on appellerait aujourd'hui un riche paysan, sans plus). Il insiste tout autant sur la très impressionnante forteresse, formidablement gardée, que serait la résidence du méchant poète, si bien que la tâche du commando apparaît héroïque. Néanmoins, quand les sept se présentent, de nuit, devant cette "forteresse", ils peuvent directement interpeller leur victime, depuis la voie publique ou ce qui en tient lieu. Ka'b dormait sur la terrasse, avec sa nouvelle épouse, en raison de la chaleur. C'est Silkan qui les réveille, qui demande à parler au maître de maison. La femme se méfie et veut mettre en garde son époux (il n'est pas question de garde armée...). Ka'b dit : "C'est mon frère de lait, je suis plus sûr de lui que de moi-même, et je ne me suis jamais présenté en vain chez lui..." Il demande donc, de la terrasse, à Silkan ce qu'il veut. Silkan explique que la situation à Médine est devenue intenable, que Mahomet est un fléau, que c'est la famine (il a expressément demandé, et obtenu du Prophète, la permission de recourir à cette ruse). Ka'b triomphe : "Je l'avais bien dit !" L'autre ajoute qu'il est venu de nuit parce qu'il a honte de devoir mendier sa nourriture, ainsi que ses compagnons. Ka'b est d'accord pour leur en donner... à condition qu'ils laissent leurs enfants en gage ! Cette condition laisse pour le moins perplexe. Bien sûr nous connaissons mal les usages du temps, mais enfin elle tombe à point nommé pour faire oublier ou au moins atténuer le caractère particulièrement odieux de la ruse : demander assistance à un homme pour pouvoir le tuer. Silkan répond qu'ils ont amené des armes de grand prix comme gage. Ka'b descend pour les examiner... et tombe aussitôt percé de coups. Le commando peut se replier sans être poursuivi.

Touche finale : les tueurs ont par erreur fendu le crâne à l'un d'entre eux, et l'ont laissé pour mort. Mais l'homme parvient à son tour à regagner Médine... où le Prophète guérit miraculeusement sa blessure.

D'autres personnes encore, qui n'avaient pas non plus de sang sur les mains, ont été assassinées sur l'ordre du Prophète. Par exemple la poétesse Açma bint Marwan, poignardée alors qu'elle allaitait son bébé.

Si vous pensez que Tabari ne disait que la vérité, je vous renvoie à deux épisodes insignifiants par eux-mêmes où, en voulant par les moyens les plus subtils exalter un personnage, il s'emmêle et se contredit. Juste avant son martyre à Karbala, Hussayn, voyant son fils Ali se faire valeureusement tuer sous ses yeux, pleura, et "on ne l'avait jamais entendu pleurer jusqu'à ce jour". Sauf que le même Tabari nous montre le même Hussayn, quelques vingt ans plus tôt, versant "d'abondantes larmes" pour tenter de convaincre Ali (son père cette fois, alors calife) de montrer un peu plus de réalisme politique (cf "Les quatre premiers califes" et "Les Ommayades", également chez Sindbad, 1981 et 1983 respectivement).

Jean Roche

 

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