30 avril 2005 

Coran et Coran
Confrontation de versions...

 

Il s'agit d'une part de la traduction ancienne de Kasimirski (Fasquelle, brochage et papier de mauvaise qualité), K ci-après, et d'autre part d'une traduction plus récente d'Hamidullah, H ci-après, (version bilingue, de luxe, et pourtant très peu chère, qui ne mentionne aucune des références légales, et pourtant achetée à la FNAC). Donc une version neutre et une version islamique. Confrontation de quelques versets, et tentative d'explication des divergences...

Retour à l'accueil général

 

 

 

Sourate 47, verset 4

K : Lorsque vous rencontrez des infidèles, eh bien ! tuez-les au point d'en faire un grand carnage, et serrez fort les entraves des captifs. H : Lorsque vous rencontrez (au combat) ceux qui ont mécru frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchainez les solidement. (la suite est l'équivalent du verset 5 chez K, qui souvent coupe les versets, d'où un décalage).

Peu de différences sinon que le "grand carnage" de K a disparu de H (sinon que quand on vise le cou dans un combat à l'arme blanche, c'est forcément pour tuer), et que le "serrez fort" de K devient "solidement" chez H, ce qui n'a pas exactement le même sens. Les versions récentes tendraient-elles à édulcorer les appels à la violence ?

 

Sourate 8, verset 58
(verset 60 chez K, mais en général c'est lui qui décale par rapport aux autres versions normalisées au vingtième siècle)
K : Si tu appréhendes quelque trahison de la part d'une peuplade, rends-lui la pareille ; Dieu n'aime point les traîtres. H : Et si jamais tu crains vraiment une trahison de la part d'un peuple, dénonce alors le pacte (que tu as conclu avec), d'une façon franche et loyale car Allah n'aime pas les traîtres.

Ce verset fait référence à un événement précis, l'entrée en guerre contre les Qaïnoqa, la première tribu juive de Médine attaquée par les musulmans. Elle avait pourtant signé un pacte de non-agression avec ces derniers mais les relations s'étaient détériorées (voir récit). Le Prophète désirait les attaquer, mais il hésitait par scrupule, car rompre un tel traité sur un simple procès d'intention était un parjure. Ce verset l'y décida. On voit que, par rapport à K, H a ajouté des mots, au mieux implicites dans le texte, laissant entendre que la rupture du pacte était loyale. Alors parjure ou pas ? A quoi sert un tel pacte s'il peut être dénoncé unilatéralement sur un simple procès d'intention ?

 

Sourate 22, verset 52
(verset 51 chez K)
K : Nous n'avons pas envoyé avant toi un seul prophète ou envoyé sans que Satan ait jeté à travers dans ses voeux quelque désir coupable ; mais Dieu met au néant ce que Satan jette à travers, et il raffermit ses signes (ses versets). H : Nous n'avons envoyé, avant toi, ni messager ni prophète qui n'ait récité (ce qui lui a été révélé) sans que le Diable n'ait essayé d'intervenir [pour semer le doute dans le coeur des gens au sujet] de sa récitation. Allah abroge ce que le Diable suggère, et Allah renforce ses versets. Allah est omniscient et sage.

Les mots ajoutés entre crochets par H ne correspondent à rien dans le texte, ils sont au mieux sous-entendu. K indique que ce verset peut faire allusion à l'affaire des versets sataniques (note de renvoi dans K : "Ceci fait allusion à ce qui arriva une fois à Muhammad, quand il récitait un verset du Coran où les divinités païennes étaient nommées ; il prononça, par distraction ou parce qu'il sommeillait, ces mots : Ce sont des demoiselles belles et très distinguées et qui méritent l'adoration. De là, grande joie parmi les infidèles qui se trouvaient alors à ses côtés."). H n'y fait aucune référence, et tend au contraire à supprimer, par son ajout la relation avec cette affaire.

 

Sourate 59, verset 5
K : Vous avez coupé quantité de leurs palmiers, et vous en avez laissé un certain nombre debout. Ce fut avec la permission de Dieu, pour apaiser les impies. H : Tout palmier que vous avez coupé ou que vous avez laissé debout sur ses racines, c'est avec la permission d'Allah et afin qu'il couvre ainsi d'ignominie les pervers.

Allusion à un épisode du conflit contre les tribus juives de Médine. Les musulmans assiégeaient les Nadhir, et pour les démoraliser coupaient leurs palmiers sous leurs yeux. Imagine-t-on ce que représente un arbre fruitier dans le désert pour ceux qui l'ont planté ? Du haut de leurs remparts, les Nadhir protestèrent contre ce qu'ils appelaient un crime, laissant même entendre qu'ils préféraient encore voir les dattiers servir aux musulmans. Le Prophète eut honte et fit suspendre l'abattage. Ce verset tomba alors pour justifier l'ordre comme le contrordre. Cette honte reste perceptible dans la version de K, elle est totalement escamotée chez H, qui au contraire parle d'ignominie pour les assiégés.

 

Sourate 78, verset 12
K : Nous avons bâti au-dessus de vos têtes sept cieux solides. H : et construit au-dessus de vous sept (cieux) renforcés.

Le "solides" de K devient "renforcés", ce qui est un peu plus vague, chez H. Voudrait-on éluder le fait que ce verset et d'autres (41:12 ou 67:5 par exemple) se réfèrent manifestement à la conception du ciel qu'on avait au temps du Prophète, et donc contredit radicalement la thèse (voir article) selon laquelle le Coran serait entièrement compatible avec la science moderne ?

 

Sourate 67, verset 3
K : Il a formé les sept cieux posés les uns au-dessus des autres. Tu ne trouveras aucune imperfection dans la création du Miséricordieux. Lève les yeux vers le firmament ; y vois-tu une seule fissure ? H : Celui qui a créé sept cieux superposés sans que tu voies de disproportion en la création du Tout Miséricordieux. Ramène [sur elle] le regard. Y vois-tu une brèche quelconque?

Confirmation : chez K, c'est dans le firmament qu'on ne voit aucune fissure (ce qui est conforme à l'idée qu'on s'en faisait), chez H, c'est dans la création (comme si les brèches ou fissures n'existaient nulle part dans la création...).

 

Sourate 6, verset 149
(150 chez K)
K : Dis : à Dieu seul appartient l'argument péremptoire. S'il avait voulu, il vous aurait dirigés tous dans le chemin droit. H : Dis : l'argument décisif appartient à Allah. S'Il avait voulu certainement Il vous aurait tous guidés. (sur le droit chemin)
Avouerai-je que la toute première fois que j'ai ouvert le livre (K) au hasard je suis tombé sur ce verset, et qu'il a failli à lui tout seul faire de moi un musulman ? Il me semble qu'il contredit quasiment à lui seul tout le reste du livre (voir article paradoxe). Pas de divergence notable de sens, mais la version de K est bien plus incisive et éloquente que celle de H.
 
 

 

haut

retour accueil général