Avec les animaux...


Article publié dans Cryptos Magazine de juin 1998. J'avoue avoir longtemps hésité à le mettre en ligne vu l'étrangeté, et la difficulté d'interpréter, certaines données. Des passages, comme un encadré sur l'affaire Iceman, ont été supprimés ici car redondants avec d'autres pages de ce site.
 


Yéti, Bigfoot, Almasty, Kakundakari, Yowie... dans ce qui suit, pour simplifier, on parlera d'HR, Homme (ou Hominoïde) Reliques. Je ne poserai pas directement la question de savoir s'ils sont, ou lesquels sont, des hommes, des animaux, ou bien, horreur, quelque chose d'intermédiaire.

Il sera essentiellement question de leurs rapports avec les animaux, ou plus modestement ce que nous pouvons en entrevoir. Vu la rareté et la disparité des données, cette étude ne peut être que qualitative, sans prétention à l'exhaustivité. Mon but n'étant pas de prouver directement l'existence des HR, je mêlerai sciemment les témoignages les mieux étayés et les légendes qu'ils ont manifestement ou peut-être inspirées.

 

Avec les animaux sauvages

 

a) prédations

Pendant longtemps s'est maintenue l'idée (le mythe ?) que les HR (les "gentle giants" comme disent les Américains de leurs bigfoots) ne chassent pas, ou ne chassent que de très petites proies. Cela a fait long feu.

Dans de très nombreux cas, signalés surtout à partir de 1970, des ruminants de petite taille (de nombreux cerfs, surtout des jeunes, au moins un boeuf musqué1) ont été ainsi tués par des bigfoots, dans le nord-ouest et plus encore dans le nord-est des USA (Ohio, Pennsylvanie, Wisconsin, Tennessee...). Le scénario est remarquablement homogène par :

- la façon de tuer la proie, en la saisissant par les andouillers ou les cornes, et en lui brisant la nuque.

- la façon de l'emporter, sur le dos, tenue par une main.

- la façon de la consommer, en ouvrant le ventre, en en sortant les entrailles et en ne mangeant que le foie, et éventuellement la moelle des os longs.

- la période de l'année où cela se produit, le plus souvent l'automne.

C'est Matt Moneymaker qui a mis à jour ce comportement, à partir de 1992 (voir http://www.moneymaker.org), et qui l'a expliqué. Le foie représente la meilleure source possible de vitamines et de lipides indispensables pour affronter l'hiver.

Ce scénario, très bien étayé, conduit à une surprise de taille. Car le premier à l'avoir observé à ma connaissance n'est autre que Frank Hansen, le malheureux détenteur de l'illustrissime Homme pongoïde, alias Iceman.

 

b) charognages

Le très visionnaire Boris Porchnev2 a surpris et choqué les paléontologistes en affirmant que les néandertaliens de Techik Tach étaient des charognards, qui récupéraient les carcasses de bouquetins tués par la panthère des neige. Mais il convient d'étudier plus en détail la façon dont s'opère ce charognage.

 

c) gibier volé à des chasseurs

Les dossiers du BFRO renferment deux cas de cerfs tués par des chasseurs et subtilisés par des HR, un dans l'Ohio (où le "grassman" (nom donné aux bigfoots de l'Ohio) a dû guetter le moment propice, car le chasseur ne s'est éloigné de son gibier qu'un court instant, et néanmoins il n'a vu que les traces de pas du voleur), un dans le Maine.

 

d) "alliances"

C'est encore Boris Porchnev qui a le premier, à ma connaissance, soulevé ce lièvre. Il expose un exemple saisissant, datant du dix-neuvième siècle, rapporté par l'explorateur russe Baïkov en Mandchourie. [voir article Leur QI].

Porchnev n'est pas le seul à mentionner de telles alliances. Robert Hutchison3 relève que le Yéti s'associe couramment avec la panthère des neiges.

Cela rejoint un rapport de l'été 1978, dans l'Ohio4. Un grassman s'est manifesté à de nombreuses reprises, et pas moins de neuf personnes ont pu témoigner. Une fois, il était accompagné de deux gros félins, qu'il semblait protéger. Ces gros félins constituent par eux-même un petit problème cryptozoologique. Mais si on ne connaît de pumas "officiellement" que dans l'ouest, on en signale beaucoup dans l'est...

 

e) assistance

Ici, nous trouvons d'abord le mythe babylonien de Gilgamesh, et son ami Enkidou, qui est d'abord un homme sauvage et velu d'une force herculéenne. "Il avait pitié des quadrupèdes et les défendait contre les attaques des hommes. Colosse chevaleresque, il comblait les fosses creusées par les chasseurs à l'intention des loups, et il brisait leurs pièges. Les créatures des steppes voyaient en lui un défenseur puissant, et les fauves l'approchaient sans crainte..."

Cette habitude des HR de libérer les animaux pris dans des pièges est aussi mentionnée :

- au Kenya, d'après Jacqueline Roumeguère-Eberhardt5.

- au Zaïre, d'après Charles Cordier6, à cette différence majeure près qu'il s'agit plutôt pour les kakundakaris de dévorer que de délivrer. Mais c'est peut-être là toute l'explication, pour les autres cas aussi.

 

f) voisinage harmonieux

Je dois à Henry Franzoni la charmante liste suivante, qui pourrait inspirer Alika Lindberg.

- Un homme observe un bigfoot dans une clairière. Soudain, de nombreux papillons se posent sur le bigfoot, jusqu'à le recouvrir, avant de s'envoler.

- 13 girl-scouts observent un bigfoot qui les regarde, dans une clairière du nord de la Californie. Des écureuils s'ébattent entre les pieds du bigfoot, sans crainte.

- Un médecin et son épouse observent un bigfoot depuis un train arrêté en pleine campagne entre The Dalles et Portland (Oregon). Des oiseaux volent autour de sa tête, paraissant jouer avec lui.

Quant à tirer des conclusions définitives d'observations aussi isolées, c'est une autre histoire.

 

Avec les animaux domestiques

 

a) hostilité

L'hostilité ou la peur réciproques entre les chiens et les HR, en Asie comme en Amérique, apparaît comme une des constantes les plus souvent observées. Lan-Jen [voir article Leur QI] tentait d'égorger tous les chiens qu'il voyait. On connaît d'innombrables cas de chiens tués par des bigfoots. Les almastys du Caucase, à l'inverse, seraient très souvent les victimes des chiens... au point qu'on peut se demander si ce n'est pas la cause principale de leur raréfaction au cours de ce siècle.

D'un point de vue "sapiens", il paraît étrange qu'on puisse amadouer les loups et pas les chiens. Mais ces derniers, bien avant d'être de garde ou d'agrément, ont longtemps et exclusivement été de chasse ou de berger, donc l'instrument privilégié de la domination de l'Homme sur l'Animal.

 

b) prédation

Elle est parfois similaire à celle observée sur les animaux sauvages. Ivan Sanderson11 évoque des moutons peut-être éventrés par des bigfoots dans l'Idaho, aux environs de 1870. Robert Hutchison (opus cité) cite un yack traité exactement de la même façon que les cerfs par les bigfoots (nuque brisée, ventre ouvert...), par un chuti (ou "dzu-teh", le "grand yéti"). L'agresseur avait préalablement projeté dans un torrent la jeune fille qui gardait le troupeau (et qui néanmoins s'en est sortie et a témoigné).

 

c) jeu

Le dernier HR ayant fait l'objet d'un rapport circonstancié en France, en 1774, dans la forêt d'Iraty, s'amusait à poursuivre des brebis, sans leur faire de mal [voir article].

En août 1991, un almasty facétieux s'amusait chaque nuit à tresser la crinière d'une jument dans son écurie. On avait déjà signalé des cas de ce genre dans le Caucase, mais on pensait que c'était fortuit, le cheval s'étant emmêlé lui-même les crins en se frottant. Par chance, cette fois, une expédition d'étude des almastys se trouvait dans les parages et en a eu vent. Un de ses membres, le zoologiste ukrainien Gregory Pantchenko, a passé une nuit dans l'écurie et a pu observer l'almasty, et surtout les tresses8. Bizarrement, un autre cas de crinière de cheval tressée, attribuée à un HR, a été signalé en Colombie.

J'ai trouvé un curieux écho dans les Alpes françaises9, dans la Haute-Savoie, la Savoie, les Hautes Alpes. Il s'agit de "légendes", mais il y est explicitement question de crinières de juments tressées par des créatures appelées diversement, couramment décrites comme nocturnes, velues, avec des seins très longs pour celles de sexe féminin, etc.

 

d) La traite des vaches

Aller la nuit traire ou téter les vaches, en tout cas boire leur lait, est aussi un trait commun de comportement entre les almastys d'une part, les servans, follatons, carcaris du Dauphiné et de Savoie d'autre part...

 

e) un cas ambigu...

C'est Matt Moneymaker qui l'a recueilli auprès d'un policier [voir article Leur QI].

Jean Roche

 

Notes

1 Observation de Datus Perry, l'homme qui détiendrait le record du nombre d'observations de bigfoots, soit douze... en près de cinquante ans pendant lesquels il a presque constamment travaillé et résidé en forêt, et en plein coeur du "pays bigfoot" (vu sur le web de Kyle Mikozami).

2 Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans, "L'homme de Néanderthal est toujours vivant", Plon, 1974, p 39.

3 Robert A Hutchison, "Sur les traces du Yéti", Lafont, 1991 (édition originale : "In the tracks of the yeti", Macdonald et co, Londres, 1989).

4 Archives de Ron Schaffner, sur http://home.fuse.net/rschaffner/.

5 Jacqueline Roumeguère-Eberhardt, "Dossier X : les Hominidés inconnus des forêts d'Afrique", Lafont 1987.

6 Bernard Heuvelmans, "Bêtes humaines d'Afrique", Plon, 1980.

7 Ivan Sanderson, "Homme des neiges et Homme des bois", Plon, 1963 (traduit de "Abominable Snowmen, legend come to life", Chilton, 1961).

8 Dmitri Bayanov, "In the footsteps of the Russian Snowman", Cripto Logos, Moscou, 1996.

9 Ma source est : Alice Joisten et Christian Abry, "Etres fantastiques des Alpes", Entente, 1995. Il s'agit de témoignages "légendaires" de personnes âgées, transcrits tels quels. Extraits choisis :

"Les carcari étaient petits et bourrus (poilus). Ils habitaient dans les montagnes, dans les bois. Ils se nourrissaient de racines et de fruits. Ils volaient pendant la nuit les pommes de terre et du linge aux gens. (La Valette, Isère, 1958)."

Plus troublant encore, même si le caractère velu n'est plus explicitement mentionné :

"Il y a au bord du torrent du Bréda un endroit où on allait ramasser de l'herbe et où il y a un rocher en surplomb appelé le Verney de la sarradine (sic). Les sarrasins habitaient là-dessous. Ma mère les a vus. C'étaient des hommes sauvages qui ne savaient pas parler. Ils venaient dans le village et restaient devant les portes jusqu'à ce qu'on leur donne quelque chose. Pour s'en débarrasser il fallait leur donner la moitié d'un pain. (Saint-Maximin, Isère, 1958)."

"Les esprits follets faisaient une terne (tresse) dans la queue et la crinière de la jument du voisin de mon père (...) On ne voyait personne. (Valmeinier, Savoie, 1961)."

 

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