EMPREINTES


 

Cet article a été publié dans Hominologie et Cryptozoologie de septembre 2000.
 

 

Les empreintes de pas, et les photos et surtout moulages qu'on en obtient, sont un élément essentiel du "phénomène Bigfoot", sans lequel ce phénomène n'aurait jamais atteint une telle diffusion (relative certes mais quand même non négligeable). Elles empêchent de le ramener à un pur phénomène d'apparition, et représentent pour beaucoup la preuve la plus forte. Petit historique et derniers rebondissements.

1951. La découverte et la photographie de traces de yéti par l'alpiniste Eric Shipton lance durablement l'intérêt pour le Yéti, et indirectement pour ses cousins d'Amérique (USA, Canada), sur lesquels nous allons nous concentrer dans ce qui suit.

1958. Les événements de Bluff Creek, au nord de la Californie, inaugurent les recherches modernes sur le Bigfoot nord-américain. Le principal élément en est constitué par les traces nombreuses, trouvées à de multiples reprises pendant plusieurs mois sur une route en construction. Elles ont été moulées (c'était une première pour autant qu'on sache) par Jerry Crew, un conducteur d'engins dont la réputation (particulièrement religieux, sobre et austère) paraissait exclure une malhonnêteté quelconque. Les autres éléments (dégâts divers, excréments, chiens tués d'une façon qu'on ne savait pas encore caractéristique, observation directe et fugitive du géant velu) ont moins marqué. C'est là qu'a été forgé le terme "bigfoot".

1967. Le film historique de Roger Patterson apporte non seulement les images que l'on sait, mais aussi des traces nettes de "Patty Bigfoot", sur un terrain récemment inondé et donc favorable.

1969. A Bossburg, on découvre une piste impressionnante de 1089 empreintes présentant une particularité notable : le pied droit est déformé (pied-bot). Ou alors, cette difformité relativement rare a été reproduite avec une exactitude surprenante qui suppose de solides connaissances chez l'éventuel faussaire. Certains croient pouvoir avancer qu'on tient là la preuve décisive.

1972. C'est sur les traces de pas (plus exactement celles de Bluff Creek d'une part, celles de Bossburg d'autre part) que John Napier émet (prudemment) l'hypothèse qu'il y a (au moins) deux espèces bien différentes de bigfeet.

1982. Walla Walla (Oregon). Le garde-forestier Paul Freeman voit plusieurs bigfeet, et obtient des moulages de leurs pas. Et pour la première fois, on y voit des dermatoglyphes (empreintes digitales et palmaires). Or on ne sait pas reproduire de façon convaincante les dermatoglyphes. Pour certains, là encore, LA preuve décisive.

Et pourtant cette affaire va connaître maints rebondissements. Paul Freeman continue ses recherches dans la même région, avec ses enfants et une poignée d'amis, et il a observé d'autres bigfeet, relevé d'autres traces.

Néanmoins, ses résultats sont contestés. Des bruits de tricheries circulent. Le climat devient malsain.

Février 1996. Paul Freeman reçoit la visite impromptue de Jeff Meldrum. Ce dernier, professeur de biologie à l'Université d'état de l'Idaho, est un des rares universitaires de haut niveau à s'intéresser au Bigfoot, et ses travaux font autorités (du moins dans la Bigfoot Community), notamment sur les traces. Freeman ne laisse pas passer l'occasion, lui montre ses collections de moulages, l'emmène dans les montagnes. Ils y trouvent de concert des traces que Meldrum estime convaincantes, au point que pour finir il achète la totalité des moulages de Freeman pour deux mille dollars. Et les attaques contre ce dernier se font plus discrètes.

1999. Dernier rebondissement en date. Jimmy Chilcutt, spécialiste reconnu des empreintes digitales en matière de criminologie, et qui depuis plusieurs années étudiait aussi celles des singes, voit par hasard une émission sur Bigfoot, où il est question de traces et de dermatoglyphes. Sceptique sur le sujet, il pense être en mesure de prouver la fausseté et contacte Jeff Meldrum, puis lui rend visite fin avril 1999. Le premier moulage (issu de Walla Walla) se révèle décevant. Les dermatoglyphes sont des empreintes de doigts, peut-être laisées par un opérateur trop pressé de récupérer la pièce. Mais ensuite, tout change. "Ce que j'ai vu, dit-il, m'a surpris. Les sillons au fond de cinq empreintes, obtenues en des lieux et à des époques différents, étaient disposés dans le sens de la longueur, alors que chez nous, ils sont en largeur, d'un côté à l'autre..." Le sceptique était converti.

Jean Roche

Références :

Ivan Sanderson, Hommes des neiges et Hommes des bois, Plon, 1961.

Eric Buffetaut et Pascal Tassy : "Yéti, hommes sauvages et primates inconnus" in La Recherche de Juillet-août 1977.

Vance Orchard, Bigfoot tracking time is here, in Bigfoot Co-op, février 2000.

Bigfoot Co-op, avril 2000, se référant à Bob Bishop, Houston Chronicle, février 2000

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Jean Roche

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